Tom Waits

Small Change

Virginia M. Soukup

I arrived in London with no idea what to do with my life and ended up working as “assistant technician” to a bloke called Terry at a private night club on Regent’s Street. Every night he and I squeezed into a tiny box equipped with a switchboard and worked the lights on the fancy glass floor at the Eve Night Club on Regent’s Street. Stuck at the back of the stage, I learned to time the changes to the floor lighting by the way the ladies wiggled their bums. After I had screwed up a few times, we came to a tacit understanding. Terry would work the lights solo, and I would cover for him on his ”fag breaks”.

Between shows I would join the ladies in the basement, most of them totally naked but for the gold moons covering their nipples, for endless games of cards and to exchange idle gossip. There was a distinct sense that we were going nowhere, just stuck in a waiting room of dashed hopes and lost expectations.

And then, on 21st September 1976, Tom Waits released his 4th album, ‘Small Change’. It was as though he had walked through the doors of the Eve and joined us all downstairs. His whisky flavoured voice told the story of all the misfits and losers who drift through urban landscapes by day and who trade their wares by night. OK. He was, is and always will be American, but this album contains a few monologues set to jazz and blues rhythms which evoke a bygone era of 20’s and 30’s urban angst. For me it was as if James Cagney’s street punk anti-heros had hit the streets of central London!

The record cover shows Tom Waits in detached and fatigued attitude. The distance between him and the show girl speaks volumes. He is jaded and ignoring her. She is faded and still hoping he came to the dressing room to carry her away to a life of suburban security, maybe even to a house with a white picket fence. Unfortunately, Tom Waits, like all the punters at the Eve, was no knight in shining armour. Just another low down bum, another hustler – who happened to be a troubadour. Whilst I recommend “Tom Traubert’s Blues » or « Invitation to the Blues”, it is the eponymous track, Small Change, which will echo forever in my memory.

Small change got rained on with his own thirty-eight And nobody flinched down by the arcade .. dreams ain’t broken down here now, they’re walking with a limp …

When I finally left the Eve it was with Tom Wait’s words ringing in my ears … there had been a shooting upstairs and I was the only person from downstairs the police allowed to leave the premises (the university girl who never “cased” the joint, never disappeared with punters to hotel rooms between shows … so obviously “innocent”). Up the stairs I walked, knees shaking – and carrying a hastily filled swagbag.

On the street at the back of the club an arm came across my throat and a sinister voice whispered in my ear: “You had better hand over your bag quietly if you don’t want any trouble.” So I acquiesed. The bloke tipped the contents of my bag onto the pavement. Out tumbled a worrying number of gold Dunhill lighters, leather wallets and last, but not least, a pistol. Might just as well have been a .38. We faced off. “This never happened,” he said. “Pick up your shit and walk”.

I did. And I never went back. But I still listen to the Tom Waits album and catch myself staring at the cover, wondering about that long lost world. My memories may fade but the spirit of Small Change still lives on.

Virginia Soukup

Version française (Hervé Bellec):

Je suis arrivée à Londres en 1976 sans trop savoir quoi faire de ma vie mais j’ai fini par trouver un job comme « assistante-technicienne » pour un type appelé Terry dans une boîte de nuit privée sur Regent Street : le « Eve », un night-club de strip-tease. Chaque soir, lui et moi nous entassions dans une minuscule cabine équipée d’une console d’où nous commandions les lumières de la piste de danse en miroirs. So chic…

Coincée à l’arrière de la scène, j’apprenais à synchroniser les effets lumineux en fonction de la manière dont les dames remuaient leurs fesses. Après quelques bourdes de ma part, nous avions trouvé un accord tacite : Terry s’occuperait des lumières tout seul, et je le remplacerais seulement pendant ses pauses clope. Entre les spectacles, je rejoignais les filles au sous-sol, la plupart totalement nues à l’exception des petites lunes brillantes qui cachaient leurs tétons, et c’était parti pour d’interminables parties de cartes et d’échanges de potins sans importance. Régnait ici une nette impression que nous n’allions nulle part, que nous étions simplement échouées dans une salle d’attente de rêves brisés et d’illusions perdues.

Et puis, le 21 septembre 1976, Tom Waits a sorti son 4e album, « Small Change ». C’était comme s’il avait franchi les portes du Eve et nous avait rejointes au sous-sol. Sa voix imprégnée de whisky racontait l’histoire de tous les marginaux, losers et éclopés qui erraient dans les bas quartiers le jour et qui y vendaient leurs talents la nuit. D’accord, Tom Waits était, est et sera toujours américain, mais cet album contient quelques monologues sur des rythmes de jazz et de blues qui évoquent l’époque révolue de l’angoisse urbaine des années 20 et 30. Pour moi, c’était comme si les anti-héros, ces voyous incarnés par l’acteur James Cagney, rencontraient la pègre de Londres! La pochette du disque montre un Tom Waits désabusé. La distance entre lui et la showgirl en dit long. Il est blasé, l’ignore totalement. Elle reste silencieuse à l’arrière-plan mais peut-être espère-t-elle encore qu’il soit venu dans sa loge pour l’emmener vers une vie meilleure, une maison dans un lotissement de banlieue, avec une jolie petite barri ère blanche… Malheureusement, Tom Waits, comme tous les clients du Eve, n’était pas un chevalier blanc. Juste un autre pauvre type, un arnaqueur de plus qui se trouvait par hasard être un troubadour. Bien que je recommande Tom Traubert’s Blues ou Invitation to the Blues, c’est le morceau éponyme, Small Change, qui résonnera à jamais dans ma mémoire.

Small change got rained on with his own thirty-eight And nobody flinched down by the arcade … dreams ain’t broken down here now, they’re walking with a limp … Il a reçu une rafale de plomb de son propre flingue… Personne n’a bougé sous les arcades… Les rêves ne sont pas brisés mais ils avancent en boitant.

Quand j’ai finalement quitté le Eve, les mots de Tom Waits résonnaint dans mes oreilles… Cette nuit-là, il y avait eu une fusillade à l’étage, et j’étais la seule personne du sous-sol que la police avait laissé tranquille. J’étais la petite étudiante qui n’avait jamais profité de l’occasion, qui ne s’était jamais éclipsée avec des clients dans des chambres d’hôtel entre les spectacles… donc évidemment j’étais présumée «innocente ». Les genoux tremblants, j’ai monté les escaliers en emportant un sac que les filles m’ont donné dans la panique. Mais une fois dans la rue, derrière le club, une main m’a violemment empoigné par la gorge et une voix sinistre a murmuré à mon oreille : « Tu ferais mieux de me donner ton sac tranquillement, mon petit, si tu ne veux pas d’ennuis. » J’ai obtempéré. Le type a renversé le contenu de mon sac sur le trottoir. En sont tombés un nombre inquiétant de briquets Dunhill en or, des portefeuilles en cuir et, pour couronner le tout, un pistolet. Peut-être bien un p.38. Nous nous sommes regardés. « Tu n’as rien vu, tu entends ! m’a-t-il lancé. Ramasse tes affaires et fous-moi le camp. » C’est ce que j’ai fait. Et je n’y suis plus jamais retournée. Mais j’écoute encore l’album de Tom Waits et je me surprends à fixer la pochette, me demandant ce qu’est devenu ce monde perdu des bas-fonds de Londres. L’esprit de Small Change rôde encore dans ma mémoire !

 

 

 

 

 

Virginia M. Soukup
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Virginia Matilda Soukup, née à Amsterdam d’une mère suisse-hongroise et d’un père tchèque a grandi dans le sud d’Angleterre avant de s’installer à Paris et d’échouer en Bretagne.  Son plus grand regret est d’avoir raté le concert de Jimi Hendrix lors du Festival de l’ile de Wight en 1970. En revanche, elle a bien assisté à un concert inoubliable de Tom Waits à Paris. Life is not so bad. 
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