Red Hot Chilli Peppers

Blood Sugar Sex Magik

par Sarah Kendous

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Voilà. Je suis amoureuse. Oui. Mon coeur vole aux sons de leurs chansons. Ma vie commence et s’arrête au rythme de leurs guitares. Je les ai trouvé. Mes idoles. Mon groupe. Ma philosophie. Les Red Hot Chili Peppers. Under the Bridge, Give it Away. C’est eux. Avec leur visages de profil sur la pochette. Avec leurs bouches ouvertes et des roses piquantes qui en sortent. Je leur appartiens.

 Je demande à mon père avec mes yeux d’adolescente de 13 ans: Baba, inscris-moi s’il te plait à leur Fan Club. Je veux être une de leurs membres. Je veux y être à jamais. Jamais je ne grandirai. Je resterai pour toujours cette fille de 13 ans qui y croit. Qui sent la musique au fond de ses tripes. Qui apprend les paroles mieux que ses leçons de maths de merde… 

Ça y est. Je suis inscrite. Je suis supérieure. Je me balade dans la foule et je sais, au fond de moi, que je suis mieux que tout ces gens. Eux ne font pas parti du Fan Club des Red Hot Chili Peppers. Moi, si. 

Un matin. Je reçois une lettre par la poste. From Los Angeles. À moi? Un américain m’écrit? À moi, petite égyptienne dans son petit quartier de son petit Caire de sa petite Égypte? 

« Hello Sarah! Tu es notre première et seule membre égyptienne de notre Fan Club ! Incroyable ! On est super fiers! ». Je respire plus. Ma vie peut s’arrêter demain. Je peux pas faire mieux. Je promène mon nouveau statut partout où je vais. Un badge gravé sur mon cœur : « La seule membre égyptienne du fan club des Red Hot Chili Peppers ». Personne peut me le prendre.

Je passe mes journées à creuser et approfondir cet amour. Je découvre internet. Première recherche : Red Hot Chili Peppers. Deuxième recherche: Anthony Kiedis. Je l’aime. Et un jour je me marierai avec lui. Et on vivra dans un tipi. Car mon amour et moi, nous sommes « red indians ». 

Je reçois un appel de la poste.

« Vous avez un coli, venez le chercher en personne ».

Je sais ce que c’est. C’est ma commande de magazines et de CDs. J’ai été studieuse, j’ai travaillé dur, j’ai pas fait de bêtises, je ne me suis même pas rebellée. Je suis une funk punk, je skateboard. C’est pas très foufou. Je ne suis pas très foufou. Je ne suis pas comme Chérine ma soeur. Elle, elle brise tout, elle va trop loin, elle m’a appris la musique, le féminisme, le grunge, les garçons, le jemenfoutisme enrobé de middle finger anti-establishment. Je peux pas la suivre. Je m’arrête à la station punk. 

Je vais à la poste. J’attends longtemps. J’en peux plus je veux mes CDs. Ils ont fait un long voyage. Donnez-les moi maintenant.

Un fonctionnaire m’appelle. Me fait entrer dans son bureau. Il me sourit d’un air paternel. Le mec qui sait tout.

« Tu es Sarah? ».

« Oui »

« Ben alors, c’est quoi ces bizarreries que tu nous fais? ».

Que je « nous » fais? T’es qui toi ? Mais je ne dis rien. Je sais exactement où il veut en venir. Je sais que je vais me faire punir. Que je suis coupable. Je pense à ce moment-là : « Im in trouble. Elle est où ma maman? ».

Le fonctionnaire me regarde en sortant les CDs du paquet déjà ouvert.

« Cette fois-ci on te pardonne Sarah, tu es si jeune, mais plus jamais tu nous fais ça ma fille ».  

Il prend les CDs de Hot Minute et Blood Sugar Sex Magik. Devant mes yeux de petite fille Cairote de 13 ans, amoureuse des Red Hot Chili Peppers, il les casse. En deux et puis en 4 morceaux. Pour en finir avec ce mal. Avec cette musique qui fait appel aux mauvais esprits. 

Et juste comme ça, il me brise le coeur. 

Et juste comme ça, je souri. Il ne sait pas qui je suis. 

Sarah Kendous est Head of Brand chez Deezer.

Retrouvez cette chronique en podcast ici

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