Dr Feelgood

Down By The Jetty

par R. Rosebomb

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“J’irai vers la jetée, ce soir la marée est haute, je vais laisser ce monde de côté'”…

Cet hiver ’75, sur Canvey Island, le vent soufflait fort. Moi, j’allais souffler mes 20 bougies quand il m’a emporté. Une tornade sonique et un régal pour les oeils : des gueules “retour de cimetière”, alignées le long des docks, des tronches de classe moyenne, de prolos. Des paumés, des comme moi !

Dr Feelgood, Down By The Jetty. L’album parfait, l’essence même du rock. Du Pub Rock. Plus besoin de roller pour exister, il suffisait de s’enfiler quelques bières, boulonné au comptoir, et de tendre distraitement une oreille vers l’orchestre, tout en hurlant sur son voisin de cuite et en vociférant contre le bistrotier, pas assez réactif.

Elvis n’était presque même pas encore mort, les Rolling Stones non plus, et voilà qu’un groupe tordait le coup à tout ce que je connaissais.

En costards, en cravates.

En noir et en blanc, dans la grisaille de l’Essex !

Deux ans plus tard une vague protestataire et vestimentaire s’abattrait sur Londres, envoyant les complets-vestons, pour un temps du moins, aux oubliettes de l’histoire des musiques de jeunes.

À une époque pas si lointaine, des gens vivaient du commerce des disques, neufs ou d’occasion. On les appelait des disquaires ; à l’intérieur de ces boutiques spécialisées on venait chercher, classés par genre et ordre alphabétique, sous des pochettes parfois trompeuses, de nouveaux sons.

Certaines nous rebutaient, d’autres nous attiraient, sans véritable raison. Et si l’hésitation prenait le pas sur l’envie, ou si le prix était   un peu au-dessus de nos moyens, une écoute en diagonale pouvait finalement nous convaincre.

Et nous ruiner.

C’est là qu’un soir, avec quelques sous en poche, j’avais acheté cette pochette, un peu au hasard, sans savoir qu’elle contenait cette musique.

Quatorze titres qui tournent encore et souvent sur ma platine, 35 ans plus tard.

En plein Cantal, trou du cul auto-proclamé du monde, ça ressemblait carrément à ça, la classe : tomber sur une perle que les autres n’avaient pas.

Il y a quelques temps une amie proche, musicienne expérimentée, professeure de chant, piano, tai-chi, harpe fourchue, cor anglais et danse contemporaine au Conservatoire local, m’expliquait la subtilité de l’harmonie chez Beethoven.

-“Le 1er mouvement de la 5ème symphonie en ut mineur ressemble étrangement au « Boom boom boom boom » de John Lee Hooker”, j’ai dit.

(…?!!), elle a fait.

Depuis, on ne couche plus ensemble.

R.Rosebomb est R.Rosebomb.

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