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Cat Stevens

Teaser And The Firecat

Yann Liotard

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Quand ce disque est sorti, j’étais dans l’impossibilité de l’acheter. Je sortais, moi aussi. Du ventre de ma mère.

Chacun sa Matrix.

Il ne s’agirait pas de tirer la couverture à soi, mais un album qui a votre âge – pile – jour/mois/année, ça interroge.

Un disque ne passe pas à la maternité. Trop de bruit. Ou trop de silence à respecter. Non, pas de maternité. En revanche, s’il peut, le disque veut bien passer à la postérité.

Un vinyl, c’est un garçon, c’est une fille, c’est tous les garçons et les filles de cet âge, lorsque l’album sort et marche, un disque folk pour du peuple qui chante et danse. On clappe des mains avec un pacifiste entrain dans le « Peace Train » avant que, une fois le disque retourné, souffle à nouveau « The Wind » mélancolique, « I listen to the wind, to the wind of my soul ».

Scène de rue, un enfant dickensonien avec un haut-de-forme victorien et un chat roux, installés sur le trottoir. Un journal traîne près de la plaque d’égout. Derrière, une palissade, en partie cassée, un arbre nu sur la droite et, plus haut, sur la gauche, la lune.

Ambiance cosy. Au coin du feu, au coin du feutre, Cat Stevens fait lui-même ses pochettes. Au crayon. En couleurs. Dessin naïf. Pas des bêtises de seventies, pas des pattes de mouches, mais des pattes de chat le long d’une palissade. Appuyé contre une des futures pierres angulaires du folk anglais, le chat Stevens a illustré sa pochette pour qu’elle nous parle, pour qu’elle annonce la tracklist comme dans un générique graphique. Des détails qui sont des miniatures pour chacun des titres de l’album. Ici, la lune (« Moon Shadow »). Là, un sourire sur un visage (« If I Laugh »). Et puis un journal qui traîne, sans doute de la veille (« Tuesdays Dead »)… Autant de détails, autant de titres qu’on retrouve au dos de la pochette du disque.

Et ce firecat, comme une signature de l’artiste. Cat, surnom qui lui fut donné, dit-on, du fait de ses yeux de chat.

Moi aussi, j’ai mes yeux de chat (j’en ai 3, pas des yeux, des chats) et dans ce disque, je vois un petit bout d’autobiographie à nulle autre pareille où il sera question de mots, d’enfance, d’un lieu. Les mots. Cet album est l’œuvre de Cat Stevens, chanteur londonien dont le père parlait grec. De son vrai nom, Steven Demetre Georgiou : Métoïkos, pâtre grec. Ce sont ces mêmes mots que je traque, moi, dans la langue française, pour les révéler à mes élèves, depuis que je suis prof de latin-grec.

L’enfance. Un jour, le chat et le garçon sont sortis du cadre de la pochette du disque, façon Rose pourpre du Cat, pour se faire personnages d’album pour enfants. L’album à écouter devenu album à lire. Justement, la littérature jeunesse est un genre dans lequel je me suis aventuré avec bonheur.

Un lieu. Ses talents de dessinateur, Cat Stevens commença à les développer, enfant, lorsqu’il était scolarisé en Suède (le pays de sa mère), dans la modeste ville de Gävle. À la poursuite d’un autre folk singer, Joe Hill, grande figure contestataire, syndicaliste assassiné pour son appartenance à l’IWW, qualifié de « véritable légende » par Howard Zinn, je m’y suis rendu aussi Et puis, et surtout – c’est là que tout a commencé – ce disque a pile mon âge. En l’écoutant, j’ai l’impression de danser sur moi, le jour de ma naissance. Une bande-son qui enfante, qui enchante. Un faire-part et une play-list.

« Teaser and the Firecat ». C’était bien avant Deezer et Firefox. On avait des platines.

D’accord, d’accord, me direz-vous, un disque qui a ton âge. Et il est sorti quand ?

Un album n’a pas d’âge. Révérence gardée. Le damner à son nombre d’années, ce serait minable. Un album séminal ne meurt jamais. 

La preuve, l’album a été récemment remastered avec Coffret Anniversaire. Ça ne m’arrivera jamais. Je ne serai jamais remastered et, si je le souhaite, je pourrais bien finir dans un coffret mais un tout simple, sans le concept d’anniversaire.

Yann Liotard est professeur de français, latin et grec. Ce qui ne l’empêche pas d’écouter très fort les Pogues et de publier (entre autres), une monographie consacrée à Rum, Sodomy & The Lash. (Éditions Densité).  

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